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 - Samaria
- Genre Drama
- Réalisateur Kim Ki-duk
- Acteurs Seo Min-jeong, Kwak Ji-min
- Catégorie plus de 18 ans
- Réalisé en 2003
- Durée 95 minutes
- Site web  
Synopsis

Samaria, nouveau film de KIM Ki-duk (et premier à être autoproduit) en salle en France très peu de temps après The Coast Guard, n'est pas du plus beau cru du réalisateur (on lui préfèrera L'Ile, par exemple), mais celui-ci s'en sort néanmoins de manière très honorable pour un film tourné en une dizaine de jours (!). Il lui a d'ailleurs valu l'Ours d'argent du Meilleur Réalisateur à Berlin en 2004. Après une première partie qui peine à captiver le spectateur, la seconde, beaucoup plus intense, relève totalement un film engagé un peu mollement.
Le début est axé sur deux amies-amantes, encore mineures : l'une, Jae-young (SEO Min-jung), se prostitue sans grand déplaisir visiblement, au grand dam de Yeo-jin (KWAK Ji-min) qui la juge bien trop familière et à l'aise dans son rôle, tandis que cette dernière se charge de contacter les clients et de surveiller les alentours. But de l'entreprise : réunir suffisamment d'argent pour partir en voyage. Cette position d'entremetteuse place Yeo-jin dans une situation délicate, source de culpabilité pour elle, mais le sourire de son amie vient à bout de toutes ses réticences ; ce sourire doux et insolite, à la fois ingénu et pas tout à fait innocent, Jae-young l'arbore même dans les situations les plus tendues et les plus tragiques, comme si elle était au-delà de toutes choses, dans son univers à elle, comme si, aussi, tout n'était que jeu. Ce personnage est montré exclusivement en compagnie de Yeo-jin, en dehors de tout contexte familial et amical. D'où vient-elle, que fait-elle, mystère ; sa disparition ne tarde guère, signant la fin du premier acte, intitulé Vasumitra en référence à une prostituée qui avait la faculté de convertir ses clients en adeptes du bouddhisme, ainsi que l'explique Jae-young elle-même, essayant de justifier auprès de son amie désemparée pourquoi elle ne se contente pas de coucher avec les hommes, mais s'intéresse à eux.
On entre donc de plain-pied dans le film avec un thème délicat : la prostitution juvénile, sujet sensible en Corée. Mais quelle est la part de responsabilité des jeunes filles, celle des hommes ? KIM Ki-duk déclare avoir voulu parler de ce sujet sur un autre mode que celui adopté par les journalistes coréens qui présentent " les hommes coupables comme des êtres diaboliques, et les filles [...] comme de pauvres victimes innocentes " : " J'ai cherché à donner les raisons qui avaient poussé ces hommes à agir de la sorte et à moins montrer les filles comme des victimes " (entretien sur www.commeaucinema.com). Si les secondes sont effectivement plus volontaires que victimes, prenant l'initiative et menant même rondement leur barque, l'explication des motifs des premiers en revanche échappe quelque peu au spectateur. On les montre simplement, pas très fiers, acculé pour l'un au suicide par le père de Yeo-jin le harcèlant jusque dans son logis et l'humiliant sous les yeux de sa famille, mais quant à expliquer...
D'autres thèmes sont ensuite abordés, qui ont trait au rachat, au pardon. Car la disparition de Jae-young laisse Yeo-jin, qui accapare alors l'écran, continuer seule dans sa voie (le second acte a pour titre Samaria – peu populaires, les samaritains prônaient la tolérance) : elle décide de rendre l'argent gagné, et ainsi mettre fin à sa culpabilité, peut-être se racheter et racheter son amie, et pour ce faire recontacte un à un tous les clients, couche avec eux avant de leur restituer leur bien. Drôle de samaritaine... Là encore, quelle étrange démarche de la part d'une jeune fille visiblement choyée dans son foyer, mais acculée au désespoir par la disparition de son amie. KIM Ki-duk (catholique à l'origine, avant de s'intéresser au bouddhisme) prend ainsi nettement à contre-pied les valeurs chrétiennes, ou les valeurs de la morale bien pensante si l'on préfère, en les retournant quelque peu. La difficulté du film, qui peut paraître hermétique à certains, tient sans doute pour une part à cette perversion des valeurs qui imprègnent notre culture, qu'on le veuille ou non, et d'autre part dans sa référence à des codes par trop éloignés à certains égards de la civilisation occidentale (codes d'honneur peut-être différents, références bouddhistes peu familières). Un manque de rythme de surcroît n'est pas fait pour relever l'intérêt du spectateur peut-être un peu désarçonné.
On poursuit sur cette thématique en s'attachant ensuite au personnage du père de Jae-young, un policier, qui se rend compte par hasard des activités de sa fille. C'est une chute brutale pour lui, seul à élever son enfant (la mère est morte depuis manifestement longtemps) à laquelle il est visiblement attaché de toutes ses forces, ainsi que le montrent quelques moments d'intimité entre eux, de vive complicité et surtout de vive tendresse. Débute alors le troisième et dernier acte : Sonata, et sa descente aux enfers après avoir découvert Yeo-jin jusque-là nimbée d'innocence à ses yeux salie, blessée, passée si brutalement à l'âge adulte. Dés lors, il n'aura de cesse de suivre chacun de ses pas, et perd peu à peu toute maîtrise de lui-même : de l'intimidation des clients, le policier va en arriver au harcèlement puis au meurtre, avant d'emmener Yeo-jin en pèlerinage sur la tombe de sa mère, puis passer quelques jours dans la montagne, seul à seul. Sonata est la marque de la voiture du père, omniprésente tout au long de la dernière partie : c'est au volant de celle-ci qu'il surveille sa fille, qu'il poursuit ses clients, qu'il l'emmène en villégiature, qu'il lui apprend à conduire, finissant par la lui laisser en une sorte de legs.
A aucun moment, il ne lui parlera directement. Et c'est alors, lorsque le film se focalise sur la relation du père et de la fille, qu'il acquiert plus de force, parvenant enfin à véritablement toucher et émouvoir le spectateur ; en crescendo même, jusqu'à la séquence finale de toute beauté, proche de l'onirisme. Tout repose sur des attitudes, des silences, des non-dits, avec une photographie très belle, des ambiances à la fois calmes et torturées. Il s'appuie également sur un jeu d'acteurs époustouflants : les deux jeunes filles comme le père, Young-gi (joué par un LEE Uhl très charismatique), interprètent à la perfection des personnages déchirés, en plein désarroi. Axé sur la douleur, la perte de l'être aimé, Samaria traite sans lourdeur des thèmes de la culpabilité et de la rédemption. Le basculement du père dans l'égarement et la folie meurtrière, tandis que son univers et ses repères s'effondrent autour de lui, est poignant. Empreint de gravité et de pessimisme, c'est un film en fin de compte réussi autour du franchissement des limites, des barrières de la morale et du répréhensible. Appréciation : 6 / 10 Auteur : Céline Date : 29 Octobre 2004 Source : www.nihon-fr.com
Appréciation

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Photos

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